
Il y a peu, le gouvernement présentait son projet : fusionner le poste de conseiller général et celui de conseiller régional. Indéniablement, l'individu qui a eu cette idée peut être fier de lui : il vient de sonner le glas du département dans une échéance de 10 à 20 ans. C'est le parfait exemple d'une stratégie à deux temps. Voyons comment le gouvernement s'y est pris et va s'y prendre.
Les élites politiques veulent découper le mille-feuille administratif et supprimer l'échelon dont la pertinence semble aujourd'hui la plus contestable (notamment au niveau géographique, c'est trop grand pour parler des voisins et c'est trop petit pour raisonner en terme d'économie d'échelle, ainsi qu'en terme de rayonnement national, européen, voir mondial). Pourtant, c'est impossible pour deux raisons relativement simples : les électeurs sont attachés au département et les élus sont attachés à leur siège. Dès lors que faire pour surmonter cette double opposition ?
Rien de plus simple. On joue sur la haine que le peuple a pour ses dirigeants. On ne s'attaque pas au département, on s'attaque au cumul des mandats. Au niveau politique, défendre les conseillers généraux en place alors que de l'autre côté, on s'apprête à soulager le contribuable des indemnités de près de 3000 élus : c'est du suicide. Et d'ailleurs personne ne se s'y risque publiquement. Quoi de mieux pour le gouvernement. Grâce à l'opinion, il contraint les élus à se taire.
Là où ça devient vraiment très drôle et très bien pensé, c'est que dans 10 ans, quand les conseillers territoriaux auront digéré le coup, ils voudront renforcer leur pouvoir, centraliser les moyens etc. Bref, l'annexion du département par la région, ils la voudront absolument. Leurs sièges ne seront plus en jeu puisque la question des élus aura été réglée 10 ans plus tôt.
Cette fois, c'est sur les élus que pourra s'appuyer le gouvernement pour passer outre les souhaits de la population. Bien joué non? Les gens pleureront la fin du département avec toutes les larmes de leur corps mais les seuls qui auraient pu faire quelque chose pour le défendre (les conseillers généraux également députés) n'existent plus... la faute à qui, on se demande bien.
Un grand bravo à cet énarque. Pondre une idée pareille, c'est très fort. On s'approche tellement de la "grande stratégie" qu'un frôle également un cynisme digne de machiavel. J'adore.